La décision du ministre Claude Béchard qui a refusé le plan stratégique d’Hydro-Québec et l’oblige à refaire ses devoirs est très intéressante. On ne voit pas ça très souvent un ministre des Ressources naturelles qui sermonne Hydro (en public).
Mais la critique est justifiée dans les circonstances actuelles. Au cours des cinq dernières années, Hydro a joué avec brio la carte de l’arbitrage dans les marchés de l’électricité de New York et de la Nouvelle-Angleterre. Tellement bien en fait qu’il est maintenant normal d’entendre parler des bénéfices faramineux de la société d’État (qui reviennent indirectement dans nos poches de contribuables par les programmes gouvernementaux). On ne parle pas de pinottes. En 2007, on parle de 2,5 2,095 milliards $ de dividendes pour un chiffre d’affaire de 12 milliards $. On comprend pourquoi Claude Garcia salive à l’idée d’une privatisation qui ne fait aucun sens. Briser un monopole et le privatiser afin de faire augmenter les prix de 50% pour le consommateur? Dormiez-vous dans votre cours d’introduction à la microéconomie?
Revenons à nos oignons. Hydro est capable de bien jouer les bourses de l’énergie et de maximiser ses profits en profitant de sa capacité à pouvoir stocker (dans ses réservoirs) l’électricité achetée à bas prix au milieu de la nuit pour la revendre à profit à l’heure de pointe. Et le plan original devait probablement suggérer de poursuivre dans la même voie.
L’actionnaire évalue maintenant que le marché est revenu où il était dans les années 1980, au sortir de la récession. On doit vendre à long terme, pour garantir la demande et un bon financement tout en investissant rapidement pour être prêt au virage vert que les États-Unis devraient prendre sous la présidence Obama.
L’avantage d’Hydro dans un tel contexte est évident. On ne peut pas remplacer une centrale au charbon par un parc d’éoliennes. Or, le charbon sert à la charge de base de la plupart des réseaux électriques en Amérique du Nord, il est peu cher et il est modulable à souhait. Mais il pollue: émissions de GES, SO2, NOx, COV, particules fines… Le produit d’Hydro-Québec peut faire la même chose que du charbon, mais en beaucoup plus propre. Il peut le faire maintenant à un prix concurrentiel.
Avec le chantier d’Eastmain-1A-Sarcelle-Rupert en route (je ne serais pas surpris de le voir mis en service partiellement dès 2010) et l’évaluation environnementale de La Romaine presque complétée, je ne serais pas surpris de commencer à entendre parler d’un nouveau projet dans les prochains mois.
Déjà, il y a les projets d’interconnexions avec l’Ontario (1250 MW) et la ligne 735kV entre Chénier-Outaouais qui sera mise en service l’an prochain. Ensuite, une autre interconnexion en CC avec la Nouvelle-Angleterre (1200 MW), qu’on discute ces jours-ci au FERC (dossier EL09-20).
Des investissements à coups de milliards sont certainement les bienvenus dans le contexte des difficultés du secteur du papier et de l’aluminium, en grosse déprime. Voir à ce sujet la déclaration de Charest sur les huit centrales d’AbitibiBowater — 525 MW, dont McCormick à Baie-Comeau.
Pour le gouvernement Charest, l’heure est aux contrats bourassiens à long terme. Stimuler l’économie maintenant et vendre de l’électricité pour 20 ans est probablement la meilleure chose à faire dans les circonstances.
MAJ: Excellents arguments économiques en faveur du maintien de l’économie mixte par John Quiggin