Les résultats d’un sondage TVA/Léger Marketing vont en faire jaser plus d’un aujourd’hui au Québec et à Ottawa.
Il semble que l’arrivée de Stéphane Dion à la tête du PLC ait donné une impulsion au controversé père de la « clarté ». Voici les résultats du sondage Léger effectué les 4 et 5 décembre auprès de 600 Québécois (entre parenthèses, résultats du 26 nov.)
Bloc: 37 (39) -2
PLC: 35 (26) +9
Con: 17 (20) -3
NPD: 6 (10) -4
Il est indéniable que Dion a eu un bon bump post-congrès et l’allure ce cette saute d’humeur des Québécois se compare à celle des Ontariens, enregistrée dans le Strategic Counsel de CTV. Du jour au lendemain, tous les autres partis saignent un peu. La nation n’aide pas vraiment les conservateurs, le « spin » au sujet de la « bourde » du Bloc ne l’affecte pas trop non plus. Cependant, le NPD, refuge des fédéralistes insatisfaits y perd presque la moitié de ses appuis.
Voici ce que je pense que ça signifie, pour tout le monde:
Stéphane Dion et le PLC
Dion a droit à une lune de miel. Il n’a rien à prouver pour le moment, sauf qu’il incarne des valeurs plus modérées que les conservateurs. Pour le moment, plusieurs Québécois ouvertement souverainistes (Dan Bigras à bazzo.tv en était un) souhaitent un changement de gouvernement à Ottawa. Le problème avec les bumps conjoncturels, c’est qu’ils ne durent pas toujours très longtemps. Parlez-en à Stephen Harper, qui a été lavé politiquement au Québec à compter de la guerre au Liban.
Tant que le débat continue de tourner sur la performance de Stephen Harper, Dion a la dragée haute. L’insatisfaction d’une certaine proportion de l’électorat pro-environnement, réfractaire aux valeurs de la droite fondamentaliste veut du changement tout de suite, quitte à se pincer le nez.
Stephen Harper et les Cons.
Stephen de Calgary a besoin de se faire des amis au Québec et les circonstances présentes l’incitent à regarder (discrètement, bien sûr, le Bloc n’est pas montrable outre-Outaouais) du côté du Bloc Québécois, qui constitue sa seule planche de salut pour prolonger leur gouvernement au-delà du 15 février.
Personne d’autre ne peut donner une autre année de pouvoir à Stephen Harper. Personne. Cependant, Harper doit faire attention de faire des clins d’oeil au Québec, sans que ça paraisse ailleurs. Pas question pour lui d’embarquer dans un autre débat sur la nation qui l’affecte dans le ROC. Et en plus de tout ça, il faut qu’il fasse en sorte que Jean Charest gagne un avantage politique dans un éventuel règlement du déséquilibre fiscal ou dans une loi qui limite le pouvoir de dépenser d’Ottawa.
Le problème de Harper, c’est qu’il doit aller chercher le Québec, mais il représente le troisième parti ici, sans parler de la faiblesse de ses portes-paroles. Lawrence Cannon a vraiment foiré dans l’affaire de la nation.
Gilles Duceppe et le mouvement souverainiste
Le chef souverainiste à Ottawa jouera dans les prochains mois une phase cruciale de son rôle dans un scénario, qui, s’il est bien mené, pourrait créer une condition gagnante dans la grande toile stratégique d’accession à la souveraineté.
Charest voudra demander une réforme de la péréquation, Duceppe devra demander des points d’impôt. Pour l’éducation, pour la santé et les services sociaux, pour les infrastructures. Il doit taper le clou que nous voulons récupérer ce que nous envoyons à Ottawa, de « rendre à César ce qui appartient à César ». Il doit, en coordination étroite avec André Boisclair, se lancer dans une offensive contre « Charest le quêteux, qui doit continuellement quêter sa pitance d’Ottawa ».
La grosse carte de Gilles Duceppe vient de son pouvoir d’appuyer le gouvernement sur un vote de confiance, comme le prochain budget. Cette carte ne pourra servir qu’une fois et elle a une date de péremption. Elle comporte aussi des risques (quelques Bloquistes de moins dans le prochain parlement, ce n’est pas trop grave) mais de perdre à Québec signifierait la fin d’André Boisclair et quatre ans de plus à l’Opposition provinciale en plus d’installer définitivement Québec solidaire dans l’arène politique. Le PQ se réorganise autour d’une autre personnalité (Facal, Legault, Marois qui revient en scène petit à petit, Landry pourrait-il songer à un retour?)
S’il refuse le deal, il pourrait perdre quelques plumes supplémentaires tout de suite, dans un duel fédéral contre Harper et Dion. Cependant, le sacrifice des Bloquistes épargnerait peut-être la défaite au PQ, puisque Charest devrait repousser les élections à l’automne 2007 et Boisclair aurait peut être l’occasion de briller dans certains débats…