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Auger, Ryan et la clarté

Par Claude Boucher
le 6 décembre 2006 à 15:12

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Classé dans Politique Québec

Michel C. Auger ressort des boules à mites un extrait de la retranscription du témoignage de Claude Ryan à la Commission parlementaire sur le projet de loi C-20 sur la “clarté”. Le témoignage est très intéressant dans sa dénonciation du caractère anti-démocratique et anti-fédéraliste de cette loi, née de la plume de celui qui est devenu samedi, le nouveau chef libéral fédéral.

Comme d’habitude, les quelques fédéralistes qui lisent et commentent sur le blogue d’Auger évoquent immanquablement la non-clarté de la question dans leur dénonciation des écrits du chroniqueur politique. Mais ils évitent soigneusement de nous dire en quoi une question plus courte est plus claire!

Une question est d’autant plus claire qu’elle explique précisément, avec le plus de détails possible, ce qui est demandé.

Un tribunal qui rendrait des verdicts en une seule page serait certes expéditif, mais serait-elle plus claire que la Cour suprême, qui rend des jugements massifs de quelques centaines de pages, consignant toutes les nuances des différentes sources de droit avant de rendre un verdict qui a une portée précise et immédiate?

En matière de clarté, votre préférence irait certainement du côté du jugement — fleuve, en particulier s’il s’agissait d’une décision importante.

Mais la cour n’a fait que répondre à une question.

Prenons maintenant les trois questions suivantes : laquelle vous apparaît la plus précise, sur les intentions du gouvernement?

Question 1 — Question très précise, indiquant une marche à suivre et prévenant la personne qu’elle devra se prononcer de nouveau sur la question.

« Le gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures — ce qui est la souveraineté — et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique, résultant de ces négociations, ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée, entre le Québec et le Canada? »

Question 2 — Question plus courte, faisant référence à un document en annexe :

« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le [date]? »

Question 3 — Question « claire », qui ne serait pas dédaignée par un Jean Chrétien :

« Voulez-vous faire la séparation du Québec? »

Mais que veut-on dire par séparation? Propose-t-on d’utiliser des forceps pour physiquement écarter le Québec du continent nord-américain? Plus une question est courte, plus elle permet une interprétation erronée, qu’elle soit légitime ou non. Les questions courtes sont souvent beaucoup moins « claires »!

Et qu’on ne se trompe pas : ceux qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient en cochant oui ou non en 1980 ou 1995 étaient plus rares que ne le prétendent certains. Les chefs fédéralistes de cette époque ont gagné deux fois en dramatisant la « séparation ».

Combien d’électeurs ont pensé que le vote négatif de 1980 signifierait un renouvellement du fédéralisme favorable au Québec? Combien d’autres ont pensé en 1995 qu’un « non » voudrait dire une reconnaissance du statut distinct du Québec au sein du Canada?

Les fédéralistes ne posent pas ces questions parce qu’ils ne veulent pas admettre que les chefs fédéralistes québécois ont menti aux Québécois à ces deux occasions!

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