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L’empereur est nu

Par Claude Boucher
le 28 octobre 2006 à 17:10

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Classé dans Politique Québec

Je dois admettre que je suis plutôt amusé par le débat existentiel qui secoue le Canada depuis l’adoption, la semaine dernière, d’une motion de l’aile québécoise du Parti libéral du Canada au sujet d’une reconnaissance de principe de la Nation québécoise.

Ce débat qui passionne tant le Canada fait sourire au Québec. Après tout, nous n’avons certes pas besoin de la permission ou la bénédiction des élites de Toronto pour reconnaître ce que nous sommes. Le Québec est une nation, parce que les Québécois s’identifient à cette nation. C’est ce que nous sommes. Point final.

Depuis 30 ans, on peut regrouper les membres de la nation québécoise en trois groupes :

  1. le premier, regroupe ceux et celles qui croient que le Québec devrait larguer les amarres et devenir un État-nation en bonne et due forme, le plus rapidement possible. Ce groupe, qui réunit 40 à 50 % des Québécois, rassemble les péquistes, les solidaires et certains adéquistes.
  2. le groupe réunit ceux qui pensent que le Québec pourrait éventuellement devenir un État-nation en bonne et due forme, mais qui expriment certaines craintes, notamment en matière économique. Ils se disent « Québécois» et ils ajoutent parfois « Canadiens» (plus timidement). Ils représentent 30-45 % de la population, dont la plupart des partisans du PLQ et certains adéquistes.
  3. Enfin, il y a le groupe négationniste, nostalgique des Montagnes Rocheuses et de Pierre-Elliott Trudeau. Pour eux, le statu quo est parfaitement acceptable en attendant la lente dilution de la nation québécoise dans une identité multiculturelle, la grande mosaïque canadienne. Ceux-là, ils représentent entre 15 et 25 % de la population et on les retrouvait jusqu’à récemment dans la minorité anglophone, ainsi que ses alliés francophones, rois nègres locaux de l’indirect rule, le Parti libéral du Canada.

Le dernier quart de siècle a montré l’essoufflement, voire la faillite de la pensée négationniste au Québec. « Nuit des longs couteaux », rapatriement unilatéral de la Constitution, échecs du Lac Meech et de Charlottetown, promesses brisées, scandale des commandites; tous ces événements ont pas mal détruit le capital de sympathie des purs et durs du fédéralisme canadien, coast to coast.

Ces purs et durs du fédéralisme canadien à tout crin doivent faire un geste afin de regarnir les rangs, notamment auprès de la majorité francophone. C’est dans ce contexte qu’on doit interpréter la résolution — bien timide par ailleurs —, de l’aile québécoise du PLC.

Il s’agit pourtant d’un débat dérisoire pour la majorité des Québécois, et c’est pourquoi la motion, vue comme une grave menace à Toronto, est passée relativement inaperçue ici. Quelques commentaires ici et là de certains retraités de la politique québécoise – Claude Morin et Bernard Landry – quelques chroniques sur le ton amusé. Remarquez qu’après toutes ces années, on commence à connaîte la chanson.

Pourquoi? Tout simplement parce que cette reconnaissance est parfaitement vide de sens. L’élite politique et l’intelligentsia torontoise devraient plutôt consacrer un peu de temps à construire sa propre identité, distincte celle de son voisin du sud, plutôt que de venir parasiter notre propre identité québécoise.

La police montée, le chemin de fer transcontinental, k.d. lang et le multiculturalisme, version édulcorée du melting pot états-unien, on vous le laisse, chers voisins Canadiens. Sur le plan de l’identité, vos conseils sont ceux d’un cordonnier mal chaussé. Car la question n’est plus de savoir « What does Quebec want? », mais plutôt « What does Canada want? ». Et sur ce plan, l’empereur est bien nu…

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