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Les vertus de la clarté

Par Claude Boucher
le 2 novembre 2006 à 00:11

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Classé dans Environnement, Nos amis canadiens

Quoi qu’on dise, Norman Spector peut être d’une franchise brutale. Au cours d’une récente entrevue, l’ex-chef de cabinet de Brian Mulroney aurait traité Belinda Stronach de quadrupède de sexe féminin, ce qui frappe d’apoplexie les partisans Libéraux fédéraux qui ont pignon sur rue sur le ouèbe.

Il récidive — mais dans un autre ordre d’idées, celui-là beaucoup plus important — dans Le Devoir de jeudi matin avec un texte percutant, au titre qui l’est pas moins : Pas question de « nation » québécoise.

En substance, M. Spector dit en français dans LE journal qui incarne le nationalisme québécois depuis 1910, que les Québécois devront se contenter de ce qu’ils ont au sein du Canada. La « nation » québécoise ne sera jamais reconnue comme nation fondatrice du Canada, parce que cette vision du Canada est diamétralement opposée au multiculturalisme, qui tient lieu de doctrine fondatrice.

Nos réticences à nous engager dans des pourparlers constitutionnels s’expliquent aussi par le fait que peu de gens ici estiment que le Québec a été trahi ou exclu de la Constitution en 1982. Cette position s’explique par le nombre d’années qui se sont écoulées, des années qui ont vu le pays changer en raison notamment des vagues d’immigration. Mais essentiellement, c’est parce que le rapatriement de la Constitution est perçu comme l’oeuvre d’un premier ministre venant de Québec, Pierre Trudeau, que les Britanno-Colombiens restent froids devant le débat constitutionnel.

Intéressante affirmation. Trudeau faisait partie de la tribu québécoise; Trudeau a imposé le multiculturalisme; donc les Québécois devraient être satisfaits de l’arrangement actuel. C’est d’autant plus vrai que les voisins britanno-colombiens de M. Spector ne croient pas vraiment à la dévotion des fédéralistes québécois envers la nation canadienne. Il ne croient pas non plus que ce qui leur apparait comme une autre concession de leur part changerait quoi que ce soit :

Cependant, si le Québec devait être désigné comme « une nation au sein du Canada » — une formule très ambiguë –, mes voisins se demanderaient sûrement si les fédéralistes québécois ont aussi le sentiment de faire partie de la nation canadienne et s’ils croient toujours que le gouvernement d’Ottawa est leur gouvernement national.

Venant d’un homme qui a vu beaucoup d’eau couler sous les ponts au cours de sa longue carrière de mandarin fédéral, la franchise de M. Spector est on ne peut plus limpide. Et il n’est pas le seul à le dire, puisqu’on peut la lire depuis plus de deux semaines dans Le Globe and Mail, le National Post, le Toronto Star et autres gazettes au pays de l’unifolié.

M. Spector et les Paul Wells, John Ibbitson, Thomas Walcom, Andrew Coyne et autres disent à MM. Pelletier, Lapierre et les autres défenseurs québécois du fédéralisme renouvelé, rentable ou asymétrique que le Canada ne veut rien savoir. Une ligne, contraire aux intérêts québécois, qui est ferme, claire et précise. L’affaire est réglée et n’en parlons plus. Il serait temps que les vendeurs d’illusions fédéralistes le comprennent.

Si ce n’est toujours pas le cas, permettez-moi de vous traduire la substance de leurs propos en termes simples et dénués de toute ambiguïté : « Y en aura pas de deal! Arrêtez-nous de nous tanner avec ça! Et comptez-vous chanceux qu’on vous tolère encore » Nous n’avons pas encore atteint le point où les pundits du Canada accepteront de partager une tribune du comité du OUI à Québec ou Thetford Mines avec André Boisclair ou Gilles Duceppe (au contraire!), mais…

En attendant d’entendre M. Spector en duo avec Gilles Vignault, on blâme plus ou moins directement Michael Ignatieff, cet intellectuel néophyte des us et coutumes de la realpolitik à la canadienne. Jean Chrétien ne veut plus entendre parler de constitution. Stéphane Dion et Bob Rae non plus. Ces decision makers essaient-ils de se couvrir s’ils perdent le contrôle de la situation, rendant la souveraineté du Québec inévitable?

Et sous leur froide façade, que peuvent bien mijoter Stephen Harper et ses collègues de l’École de Calgary? Harper a clairement indiqué qu’il ne croyait pas au concept de nation québécoise, à Québec, la veille de la Fête nationale. Encore là, les propos sont d’une grande clarté.

La controverse entourant la position d’Ignatieff, les agissements du gouvernement conservateur depuis quelques semaines et la ligne dure que le pouvoir en place maintient avec le gouvernement de leur « ami » Jean Charest, malheureux dindon de la farce dans toute cette affaire, s’explique-t-elle ainsi?

On pourra dire que je projette mes fantasmes souverainistes sur les acteurs de cette tragi-comédie. Peut-être. Mais j’ai l’impression, à lire les analyses publiées à Toronto ainsi que les militants libéraux et néo-démocrates canadiens, que la seule solution acceptable pour le Canada, c’est « que le Québec se la ferme » et « qu’ils arrêtent de gémir sur leur sort ». Ils veulent rien savoir des propositions d’Ignatieff, et pourtant, il ne s’agit que d’un machin symbolique qui ne porte à aucune conséquence. On est à des lieues du rapport Allaire, ou même de Meech.

C’est dans ces moments comme ceux-ci, où le Canada tergiverse sur Kyoto pendant que nos entreprises perdent des millions $ à cause des fondamentalistes chrétiens au pouvoir, que Rona Ambrose osera raconter des sornette au monde au nom des Québécois, qu’on se dit qu’il est grand temps qu’on la fasse cette fameuse souveraineté du Québec! Et au plus vite!