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Un blogue politique québécois

Nos amis canadiens


Clueless

Par Claude Boucher
le 9 septembre 2007 à 23:09

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Commentaire (1) |
Classé dans Nos amis canadiens, Politique Québec

Je viens de lire quelque chose de rigolo sur le blogue de Red Tory, un bon “liberul federul”. Le pauvre type essaie d’expliquer la crise du niqab à son auditoire canadien, à partir de son clavier à Victoria BC.

En gros, il prétend que Stephen Harper a créé artificiellement la crise pour en profiter dans les circonscriptions d’Outremont, de Bagot et de Roberval, où se tiendront des élections partielles fédérales le 17 septembre prochain. C’est dur d’être dans le champ de même, mais il le blogueur l’a fait!

Chers voisins canadiens, la réponse est non. C’est plutôt la suite du débat sur le même sujet qui a eu lieu en février dernier et qui s’est conclu par l’abandon de l’idée par le directeur général des élections du Québec. Ce n’est pas un nouveau débat, et nous avions cru qu’il avait été tranché. On pensait que le message avait été compris à Ottawa aussi. Ben non, ça dormait au gaz dans la capitale canadienne. Et puis ils ont manqué de chance. Les trois premières élections avec les nouvelles règles étaient toutes au Québec.

En fait, les politiciens fédéraux, sauf ceux du Bloc, ont tous été à la remorque des événements qui se sont produits au cours des derniers jours. Contrairement aux leaders politiques québécois (Charest, Marois et Dumont), les partis fédéralistes (les principaux concernés, puisqu’il s’agit de partielles fédérales) étaient complètement dans le noir, pris dans les contradictions inhérentes entre le multiculturalisme canadien et et notre approche d’intégration interculturelle, d’inspiration républicaine.

Ces différences d’approches démontrent un autre de ces fossés qui séparent le Québec du Canada. Les Québécois ont rejeté l’étouffante influence de l’église catholique romaine au cours de la Révolution tranquille des années 1960. Ils ont choisi de définir leur société à partir des principes français, plutôt que britanniques ou américains. Cependant, la “religion” multiculturaliste canadienne promue par Trudeau et compagnie est venue brouiller les cartes; assez subtilement au début, puis de plus en plus clairement au fur et à mesure que des juges nommés par Ottawa ont eu fait d’interpréter et de baliser les droits individuels de tout un chacun.

Le dossier de l’accomodation avec les groupes religieux en est un qui mijote depuis plusieurs années déjà. Le plus souvent, dans le cas des communautés hassidiques d’Outremont, il s’agit d’une barrière de communication entre les membres d’un des rares ghettos qui subsistent à Montréal (les autres étant le quartier chinois et quelques bastions municipalités “historiques” sur l’île de Montréal). Mais, depuis quelques années, on assiste à la montée d’un phénomène de ghettoïsation d’une partie de la population d’origine musulmane et d’immigration récente, dans le nord-ouest de la ville (à Ville Saint-Laurent par exemple). Cette ghettoïsation est inquiétante parce qu’elle est contraire à la cohésion, à la solidarité sociale nécessaire au projet national québécois.

Dans le cas qui nous préoccupe, l’objection peut être de gauche ou de droite. À gauche, certains groupes féministes ont rappelé que le principe d’égalité impose que tous doivent pouvoir être identifiés pour participer à l’acte citoyen fondateur, le droit de vote. Et qu’il ne saurait être fait exception parce que le même geste est exigé dans différentes interactions du citoyens avec l’État. Fait intéressant à noter, le même argument est employé par les associations musulmanes elles-mêmes. L’argument de droite reprend en général l’argumentaire de gauche auquel il ajoute que se cache dans ce geste un rejet de la société d’accueil.
L’affaire de la burqa prise 2 s’inscrit aussi dans un contexte social bien particulier. Celui d’un indivualisme déstabilisant pour la société québécoise, de la multiplication des petits incidents de la vie quotidienne et la perception d’une certaine stagnation dans l’intégration des nouveaux arrivants. La conscience démographique éveille le sentiment patriotique pratiquement codifié dans l’ADN de chaque Québécois.

Le kirpan, le code de vie d’Hérouxville, la burqa, encore la burqa et à compter de ce soir, les premières audiences publiques régionales de la commission Bouchard-Taylor. Cela risque d’être intéressant.

Le mépris ordinaire

Honteux, mais rien de bien étonnant dans cette nouvelle de Radio-Canada, qui a constaté de visu l’état déplorable du français sur le site mémorialisant la bataille de la crête de Vimy, dans le nord de la France. La traduction des affiches sur le site du mémorial, récemment rénové grâce aux fonds publics canadiens a été confié à des amateurs… en tout cas des personnes qui ne savent pas écrire la langue de Molière.

Au centre d’accueil des visiteurs, propriété du ministère canadien des Anciens combattants, le public peut apprendre une foule de détails historiques sur la bataille de Vimy. Par exemple:

  • Les explosifs étaient mis dans des « chambers »
  • Une entreprise y employaient des hommes […]
  • […] pour travailler avec les explosives […]
  • […] ou encore avec le mine

En fait, l’étonnant dans toute cette histoire, c’est qu’on s’étonne encore de ce traitement de seconde classe. Les Québécois, même lorsqu’ils étaient prêts à donner leur vie pour le Canada, ne méritent que ce mépris condescendant que veut bien leur accorder le Canada. Le monument de Vimy n’est qu’un exemple parmi d’autres de ces petits incidents, ce mépris ordinaire, dont nous sommes quotidiennement victimes, dans ce pays qui n’est pas vraiment le nôtre.
Les Québécois doivent comprendre une fois pour toutes qu’ils demeureront des porteurs d’eau au sein de ce plusse meilleur pays au monde.

L’important… pas de majorité au fédéral

Par Claude Boucher
le 3 décembre 2006 à 11:12

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Classé dans Nos amis canadiens

Avec l’élection de Stéphane Dion (alias le rat ou le roi-nègre) à la tête du Parti libéral du Canada, l’année 2007 sera particulièrement intéressante à bien des niveaux.

  • Les Conservateurs, comme Michael Fortier, tentent déjà de tirer parti du choix du PLC pour s’imposer comme l’option fédéraliste par défaut au Québec.
  • Les Libéraux fédéraux, avec  Dion à leur tête, poursuivent leur fuite en avant dans le trudeauisme le plus orthodoxe, une vision rejetée par la plupart des fédéralistes québécois, à l’exception des plus purs et durs.

Qu’elle devrait être la position tactique des souverainistes devant cette situation? Deux choses doivent être mises de l’avant:

  • Les positions des Conservateurs dans une foule de dossiers (de l’environnement à la justice, en passant par les accès belliqueux en matière de politique étrangère) sont contraires aux intérêts supérieurs du Québec. Harper ne défend pas les intérêts du Québec.
  • Les positions de Dion sur le déséquilibre fiscal, le pouvoir fédéral de dépenser et le droit du Québec de choisir librement son avenir politique (Dion a dit hier que «les Québécois avaient le droit de ne pas choisir!») sont elles aussi contraires aux intérêts supérieurs du Québec. Dion ne défend pas les intérêts du Québec.

Cependant, il faut convenir que l’un de ces deux tristes personnages deviendra premier ministre du Canada au terme des prochaines élections fédérales. Tout ce que nous pouvons faire pour limiter les dégâts, c’est de ne pas donner de chèque en blanc à l’un ou l’autre de ces tristes personnages en réélisant une forte délégation du Bloc à Ottawa. Dans les circonstances actuelle, un gouvernement minoritaire constitue un moindre mal.

Wow!

Je conseille à quiconque est intéressé dans la politique chez nos voisins Canadiens de lire les blogues politiques et les pages d’opinion des journaux de Toronto, Edmonton et Ottawa. J’y trouve chaque jour un fertilisant abondant pour cultiver ma conviction que le Québec Et le Canada ont tout à gagner de la souveraineté politique du Québec.

Il faut voir ces gens ordinaires de Toronto, Oshawa, Lethbridge et Saskatoon déchirer leurs chemises en menaçant soit:

Nostalgique de Diefenbaker et de Trudeau, Andrew Coyne du National Post pleure le fait que le Canada se vide de toute substance. Car pour lui, le Canada ne peut se concevoir dans toute forme de pacte entre le Québec et les provinces. Il se doit d’être “national”, unitaire, avec le Canada qui parle et un Québec qui devrait connaître sa place. Sois belle, province de Québec, et tais-toi.

Quebec nationalists are entitled to argue that Quebec is a nation all they want. But somewhere, sometime, somebody has to put the other proposition: that Canada is a nation; that Quebecers are a part of that nation; that they have as much or more in common with other Canadians as they do with each other.

Le problème de M. Coyne, c’est qu’il refuse de voir la réalité en face. Les Québécois forment une nation et qu’ils ont compris qu’ils n’ont finalement pas tant de choses que ça en commun avec le Canada.

Le problème du Canada, c’est qu’il refuse d’admettre qu’on ne peut forcer le Québec à renier 250 ans de résistance à l’assimilation. D’où les propositions farfelues comme d’accorder le statut de nation à l’Île-du-Prince-Écouard au nom de l’équité.

Mais tout cela est un peu stérile et attendu de ceux qui affirmaient que Meech et Charlottetown en donnait trop au Québec. Ce qui estg de plus en plus répandu par contre, c’est le développement d’une nouvelle attitude plus réaliste. Celle de dire que la souveraineté du Québec est inévitable et qu’il serait préférable que le Québec sorte du Canada une fois pour toutes.

Je suis d’accord et je pense qu’il s’agit là d’une excellente façon de régler le problème du Canada et du Québec. La souveraineté est l’aboutissement logique du nationalisme québécois et les plus lucides l’ont compris.

Voilà peut-être une conséquence heureuse et imprévue de ce que Gilles Duceppe a mis en marche en déposant sa motion reconnaissant que “les hommes et les femmes du Québec forment une nation”.

Les vertus de la clarté

Par Claude Boucher
le 2 novembre 2006 à 00:11

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Classé dans Environnement, Nos amis canadiens

Quoi qu’on dise, Norman Spector peut être d’une franchise brutale. Au cours d’une récente entrevue, l’ex-chef de cabinet de Brian Mulroney aurait traité Belinda Stronach de quadrupède de sexe féminin, ce qui frappe d’apoplexie les partisans Libéraux fédéraux qui ont pignon sur rue sur le ouèbe.

Il récidive — mais dans un autre ordre d’idées, celui-là beaucoup plus important — dans Le Devoir de jeudi matin avec un texte percutant, au titre qui l’est pas moins : Pas question de « nation » québécoise.

En substance, M. Spector dit en français dans LE journal qui incarne le nationalisme québécois depuis 1910, que les Québécois devront se contenter de ce qu’ils ont au sein du Canada. La « nation » québécoise ne sera jamais reconnue comme nation fondatrice du Canada, parce que cette vision du Canada est diamétralement opposée au multiculturalisme, qui tient lieu de doctrine fondatrice.

Nos réticences à nous engager dans des pourparlers constitutionnels s’expliquent aussi par le fait que peu de gens ici estiment que le Québec a été trahi ou exclu de la Constitution en 1982. Cette position s’explique par le nombre d’années qui se sont écoulées, des années qui ont vu le pays changer en raison notamment des vagues d’immigration. Mais essentiellement, c’est parce que le rapatriement de la Constitution est perçu comme l’oeuvre d’un premier ministre venant de Québec, Pierre Trudeau, que les Britanno-Colombiens restent froids devant le débat constitutionnel.

Intéressante affirmation. Trudeau faisait partie de la tribu québécoise; Trudeau a imposé le multiculturalisme; donc les Québécois devraient être satisfaits de l’arrangement actuel. C’est d’autant plus vrai que les voisins britanno-colombiens de M. Spector ne croient pas vraiment à la dévotion des fédéralistes québécois envers la nation canadienne. Il ne croient pas non plus que ce qui leur apparait comme une autre concession de leur part changerait quoi que ce soit :

Cependant, si le Québec devait être désigné comme « une nation au sein du Canada » — une formule très ambiguë –, mes voisins se demanderaient sûrement si les fédéralistes québécois ont aussi le sentiment de faire partie de la nation canadienne et s’ils croient toujours que le gouvernement d’Ottawa est leur gouvernement national.

Venant d’un homme qui a vu beaucoup d’eau couler sous les ponts au cours de sa longue carrière de mandarin fédéral, la franchise de M. Spector est on ne peut plus limpide. Et il n’est pas le seul à le dire, puisqu’on peut la lire depuis plus de deux semaines dans Le Globe and Mail, le National Post, le Toronto Star et autres gazettes au pays de l’unifolié.

M. Spector et les Paul Wells, John Ibbitson, Thomas Walcom, Andrew Coyne et autres disent à MM. Pelletier, Lapierre et les autres défenseurs québécois du fédéralisme renouvelé, rentable ou asymétrique que le Canada ne veut rien savoir. Une ligne, contraire aux intérêts québécois, qui est ferme, claire et précise. L’affaire est réglée et n’en parlons plus. Il serait temps que les vendeurs d’illusions fédéralistes le comprennent.

Si ce n’est toujours pas le cas, permettez-moi de vous traduire la substance de leurs propos en termes simples et dénués de toute ambiguïté : « Y en aura pas de deal! Arrêtez-nous de nous tanner avec ça! Et comptez-vous chanceux qu’on vous tolère encore » Nous n’avons pas encore atteint le point où les pundits du Canada accepteront de partager une tribune du comité du OUI à Québec ou Thetford Mines avec André Boisclair ou Gilles Duceppe (au contraire!), mais…

En attendant d’entendre M. Spector en duo avec Gilles Vignault, on blâme plus ou moins directement Michael Ignatieff, cet intellectuel néophyte des us et coutumes de la realpolitik à la canadienne. Jean Chrétien ne veut plus entendre parler de constitution. Stéphane Dion et Bob Rae non plus. Ces decision makers essaient-ils de se couvrir s’ils perdent le contrôle de la situation, rendant la souveraineté du Québec inévitable?

Et sous leur froide façade, que peuvent bien mijoter Stephen Harper et ses collègues de l’École de Calgary? Harper a clairement indiqué qu’il ne croyait pas au concept de nation québécoise, à Québec, la veille de la Fête nationale. Encore là, les propos sont d’une grande clarté.

La controverse entourant la position d’Ignatieff, les agissements du gouvernement conservateur depuis quelques semaines et la ligne dure que le pouvoir en place maintient avec le gouvernement de leur « ami » Jean Charest, malheureux dindon de la farce dans toute cette affaire, s’explique-t-elle ainsi?

On pourra dire que je projette mes fantasmes souverainistes sur les acteurs de cette tragi-comédie. Peut-être. Mais j’ai l’impression, à lire les analyses publiées à Toronto ainsi que les militants libéraux et néo-démocrates canadiens, que la seule solution acceptable pour le Canada, c’est « que le Québec se la ferme » et « qu’ils arrêtent de gémir sur leur sort ». Ils veulent rien savoir des propositions d’Ignatieff, et pourtant, il ne s’agit que d’un machin symbolique qui ne porte à aucune conséquence. On est à des lieues du rapport Allaire, ou même de Meech.

C’est dans ces moments comme ceux-ci, où le Canada tergiverse sur Kyoto pendant que nos entreprises perdent des millions $ à cause des fondamentalistes chrétiens au pouvoir, que Rona Ambrose osera raconter des sornette au monde au nom des Québécois, qu’on se dit qu’il est grand temps qu’on la fasse cette fameuse souveraineté du Québec! Et au plus vite!

A beau mentir qui vient de loin

Par Claude Boucher
le 28 octobre 2006 à 18:10

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Classé dans Nos amis canadiens

Au cours de mes lectures, il m’arrive de tomber sur des imbécilités tellement grosses qu’elles m’incitent à les bloguer, juste pour le plaisir d’en rire. C’est le cas d’un important article d’une gazette Quebecor (Sun Media), le Lloydminster Meridian Booster, qui analyse la situation politique québécoise à travers l’oeil exercé de deux grands “spécialistes” de la question. D’abord, Gerry Ritz, député conservateur de Battlefords-Lloydminster:

“(Duceppe) is under the impression that he could separate and still get equalization payments … or use the Canadian dollar … he thinks all the government offices and staff and the army would still be based there. It’s not a case of him having his cake and eating it too. He’s just that politically naive.
“As far as I’m concerned, their share of the national debt should follow them as a separate nation.”

Pauvre M. Ritz. Il a certainement été mal informé. Non, un Québec souverain ne recevrait pas de péréquation. Un Québec souverain ne ferait plus partie du Canada! Les citoyens du Québec ne seraient plus représentés au Parlement d’Ottawa et paieraient leurs taxes et impôts à Québec uniquement. Pour ce qui est du dollar canadien, M. Ritz devrait plutôt prier pour qu’un Québec souverain n’abandonne pas la devise canadienne au profit du dollar américain.
Quant à la dette, on peut le rassurer tout de suite: le Québec prendra sa juste part de la dette fédérale canadienne.  En contrepartie, le Québec deviendra propriétaire d’une partie des actifs du gouvernement fédéral (dont les bâtiments et autres propriétés fédérales en sol québécois). Les détails sont disponibles sur le site du Parti québécois et dans les études de la Commission Bélanger-Campeau, où ces questions ont été abondamment discutées depuis plus de 30 ans.

Quant à son collègue de Vegreville-Wainwright, Leon Benoit (pas d’accent), il se berce d’illusion sur la grande popularité (16%, selon les derniers sondages) des Conservateurs au Québec:

“With the new level of Conservative support in Quebec, clearly people are seeing a very viable federalist alternative. And I think we’re going to keep improving on that.”

Oh brother! Dream on!