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Politique Québec


Le Bloc et la nation: repli tactique, gain stratégique

Par Claude Boucher
le 24 novembre 2006 à 18:11

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Contrairement à plusieurs, je crois que Gilles Duceppe nous a montré une stratégie digne de Sun Tzu ! Il propose (et ce n’est pas la première fois) une motion parfaitement correcte et qui ne fait qu’énoncer l’évidence même : la nation québécoise existe.

Harper lui vole le texte, le fait sien et ajoute cinq mots (qui ne sont que du vent, parce qu’une fois souverains, les Québécois ne seront plus dans un “Canada uni”) pour se faire du capital politique sur le dos des souverainistes. Trop contents de l’astuce du premier ministre, les Libéraux et Néo-démocrates sautent à pied joint dans le piège.

Jeudi, au profit d’une savante mise en scène, MM. Duceppe (il a du talent pour le théâtre, comme son père !) et Michel Gauthier déchirent leurs chemises en pleine Chambre des communes. La performance est tellement convaincante que même Stéphane Dion et Bob Rae se revendiquent maintenant en tant que “défenseurs” de la nation québécoise !

Il ne restait plus qu’à refermer le piège. Vendredi matin, le Bloc annonce qu’il votera pour la motion. Les fédéralistes ne peuvent plus se défiler. Pris au piège, ils devront voter pour, eux aussi ! Repli tactique du Bloc, victoire symbolique et stratégique du Québec.

Wow!

Je conseille à quiconque est intéressé dans la politique chez nos voisins Canadiens de lire les blogues politiques et les pages d’opinion des journaux de Toronto, Edmonton et Ottawa. J’y trouve chaque jour un fertilisant abondant pour cultiver ma conviction que le Québec Et le Canada ont tout à gagner de la souveraineté politique du Québec.

Il faut voir ces gens ordinaires de Toronto, Oshawa, Lethbridge et Saskatoon déchirer leurs chemises en menaçant soit:

Nostalgique de Diefenbaker et de Trudeau, Andrew Coyne du National Post pleure le fait que le Canada se vide de toute substance. Car pour lui, le Canada ne peut se concevoir dans toute forme de pacte entre le Québec et les provinces. Il se doit d’être “national”, unitaire, avec le Canada qui parle et un Québec qui devrait connaître sa place. Sois belle, province de Québec, et tais-toi.

Quebec nationalists are entitled to argue that Quebec is a nation all they want. But somewhere, sometime, somebody has to put the other proposition: that Canada is a nation; that Quebecers are a part of that nation; that they have as much or more in common with other Canadians as they do with each other.

Le problème de M. Coyne, c’est qu’il refuse de voir la réalité en face. Les Québécois forment une nation et qu’ils ont compris qu’ils n’ont finalement pas tant de choses que ça en commun avec le Canada.

Le problème du Canada, c’est qu’il refuse d’admettre qu’on ne peut forcer le Québec à renier 250 ans de résistance à l’assimilation. D’où les propositions farfelues comme d’accorder le statut de nation à l’Île-du-Prince-Écouard au nom de l’équité.

Mais tout cela est un peu stérile et attendu de ceux qui affirmaient que Meech et Charlottetown en donnait trop au Québec. Ce qui estg de plus en plus répandu par contre, c’est le développement d’une nouvelle attitude plus réaliste. Celle de dire que la souveraineté du Québec est inévitable et qu’il serait préférable que le Québec sorte du Canada une fois pour toutes.

Je suis d’accord et je pense qu’il s’agit là d’une excellente façon de régler le problème du Canada et du Québec. La souveraineté est l’aboutissement logique du nationalisme québécois et les plus lucides l’ont compris.

Voilà peut-être une conséquence heureuse et imprévue de ce que Gilles Duceppe a mis en marche en déposant sa motion reconnaissant que “les hommes et les femmes du Québec forment une nation”.

Le problème avec Québec solidaire…

Par Claude Boucher
le 30 octobre 2006 à 15:10

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Classé dans Politique Québec

J’ai un problème avec les propos du « militant progressiste et membre de Québec solidaire », Paul Cliche, que le site Vigile a publié aujourd’hui. Dans ce texte, l’auteur se dit déçu que la direction péquiste ait plus ou moins tassé la question de la nationalisation de l’énergie éolienne lors du dernier Conseil national du Parti Québécois, tenu en fin de semaine.

Je ne doute pas ni de la conviction souverainiste des Solidaires, ni de celles qu’ils ont à l’égard de leurs « bonnes causes », qui sont souvent les miennes. D’un autre côté, il faut éviter la précipitation. Voici un extrait symptomatique, du texte de Chiche:

La position de M. Boisclair sur l’énergie éolienne ressemble d’ailleurs beaucoup plus à celle du premier ministre Charest qu’à celle du Conseil national de son parti. J’espère que les progressistes encore fidèles au PQ comprendront enfin la leçon.

D’abord, la position de Boisclair n’est pas celle de Charest et Béchard. Charest refuse que HQ Production acquière l’expertise éolienne en soumissionnant sur des projets. De ce que je comprends de l’attitude du leadership péquiste, elle est au contraire favorable à ce que HQP développe des propositions, une fois que le processus des premiers 3000 MW commandés ou en construction sera complété.

L’attitude pragmatique de Boisclair est intéressante. D’abord, elle évite au PQ de se prononcer sur certains éléments du plan environnemental du PQ qui auraient pu susciter des controverses : péage au centre-ville de Montréal, abandon du pont de la 25, prolongation du métro de Laval, phase 2… Ensuite, le nouveau chef montre qu’il est capable de tenir en selle la base péquiste militante.

D’un autre côté, la base militante progressiste du PQ utilise la tribune du Conseil national pour faire avancer une idée qui fera son chemin dans l’imaginaire populaire. Rome ne s’est pas construite en un jour et des gens du calibre de Marc Laviolette le savent très bien. Rien de tel pour l’exposure qu’une bonne chicane de péquistes! L’invocation, pratiquement mythologique, de René Lévesque durant le débat, lance aussi un message. Le « père d’Hydro-Québec » ne s’est-il pas battu bec et ongle avec Jean Lesage et les money men libéraux pour faire progresser le projet, dès 1960?

* * *

C’est à ce moment-ci que nous retournons au propos principal : nos amis les Solidaires. En passant, où était Mme David le week-end dernier? Justement. Là est le problème. Qu’a-t-on retenu de leur Conseil national? Que M. Kadr est rétrogradé au titre de porte-parole principal (mais pas trop principal)? Et sur le message? Québec solidaire, le parti des progressistes, partisans de la souveraineté, n’ont pas de programme sur la question nationale. Mais ils en auront un… en novembre. Ce parti sent à la fois la réunionite aigüe (« que celles et ceux qui sont en faveur de peindre les murs en turquoise lèvent la main ») et l’improvisation totale.

En essayant de se positionner à gauche de la gauche, en francs-tireurs, Françoise David et ses troupes essaient de diviser le mouvement au moment où il doit préparer un réalignement vers le centre et le pouvoir, dès l’automne 2007. Il faudra ratisser large pour gagner l’an prochain. Il faudra aller piquer des voix chez Dumont, et même chez les Libéraux. Ces électeurs sont souvent sympathiques au message souverainiste, mais plus sceptiques envers un message plus socialisant. Pourquoi toujours se tirer dans le pied?
Le PQ doit couvrir le centre de l’échiquier politique pour espérer former le prochain gouvernement, première étape nécessaire vers l’accession à la souveraineté. Il doit aussi remplacer le gouvernement actuel : le Québec pourrait-il supporter quatre autres années sous la coupe du « frisé »? Québec solidaire choisit implicitement de nuire à ses deux principaux idéaux : la construction d’une société plus juste (une société, c’est jamais du tout ou rien) et l’indépendance du Québec.

On a abondamment traité de l’élection américaine de 2000. Françoise Davis veut-elle vraiment devenir la Ralph Nader du Québec?

L’empereur est nu

Par Claude Boucher
le 28 octobre 2006 à 17:10

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Je dois admettre que je suis plutôt amusé par le débat existentiel qui secoue le Canada depuis l’adoption, la semaine dernière, d’une motion de l’aile québécoise du Parti libéral du Canada au sujet d’une reconnaissance de principe de la Nation québécoise.

Ce débat qui passionne tant le Canada fait sourire au Québec. Après tout, nous n’avons certes pas besoin de la permission ou la bénédiction des élites de Toronto pour reconnaître ce que nous sommes. Le Québec est une nation, parce que les Québécois s’identifient à cette nation. C’est ce que nous sommes. Point final.

Depuis 30 ans, on peut regrouper les membres de la nation québécoise en trois groupes :

  1. le premier, regroupe ceux et celles qui croient que le Québec devrait larguer les amarres et devenir un État-nation en bonne et due forme, le plus rapidement possible. Ce groupe, qui réunit 40 à 50 % des Québécois, rassemble les péquistes, les solidaires et certains adéquistes.
  2. le groupe réunit ceux qui pensent que le Québec pourrait éventuellement devenir un État-nation en bonne et due forme, mais qui expriment certaines craintes, notamment en matière économique. Ils se disent « Québécois» et ils ajoutent parfois « Canadiens» (plus timidement). Ils représentent 30-45 % de la population, dont la plupart des partisans du PLQ et certains adéquistes.
  3. Enfin, il y a le groupe négationniste, nostalgique des Montagnes Rocheuses et de Pierre-Elliott Trudeau. Pour eux, le statu quo est parfaitement acceptable en attendant la lente dilution de la nation québécoise dans une identité multiculturelle, la grande mosaïque canadienne. Ceux-là, ils représentent entre 15 et 25 % de la population et on les retrouvait jusqu’à récemment dans la minorité anglophone, ainsi que ses alliés francophones, rois nègres locaux de l’indirect rule, le Parti libéral du Canada.

Le dernier quart de siècle a montré l’essoufflement, voire la faillite de la pensée négationniste au Québec. « Nuit des longs couteaux », rapatriement unilatéral de la Constitution, échecs du Lac Meech et de Charlottetown, promesses brisées, scandale des commandites; tous ces événements ont pas mal détruit le capital de sympathie des purs et durs du fédéralisme canadien, coast to coast.

Ces purs et durs du fédéralisme canadien à tout crin doivent faire un geste afin de regarnir les rangs, notamment auprès de la majorité francophone. C’est dans ce contexte qu’on doit interpréter la résolution — bien timide par ailleurs —, de l’aile québécoise du PLC.

Il s’agit pourtant d’un débat dérisoire pour la majorité des Québécois, et c’est pourquoi la motion, vue comme une grave menace à Toronto, est passée relativement inaperçue ici. Quelques commentaires ici et là de certains retraités de la politique québécoise - Claude Morin et Bernard Landry - quelques chroniques sur le ton amusé. Remarquez qu’après toutes ces années, on commence à connaîte la chanson.

Pourquoi? Tout simplement parce que cette reconnaissance est parfaitement vide de sens. L’élite politique et l’intelligentsia torontoise devraient plutôt consacrer un peu de temps à construire sa propre identité, distincte celle de son voisin du sud, plutôt que de venir parasiter notre propre identité québécoise.

La police montée, le chemin de fer transcontinental, k.d. lang et le multiculturalisme, version édulcorée du melting pot états-unien, on vous le laisse, chers voisins Canadiens. Sur le plan de l’identité, vos conseils sont ceux d’un cordonnier mal chaussé. Car la question n’est plus de savoir « What does Quebec want? », mais plutôt « What does Canada want? ». Et sur ce plan, l’empereur est bien nu…

Et après ça, on dira que le Bloc ne sert à rien…

Par Claude Boucher
le 25 octobre 2006 à 22:10

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Je commence à vraiment aimer la guerilla que mène l’Opposition à la Chambre des communes. Après le projet de loi libéral sur Kyoto et le sabotage d’une des lois du bonhomme 7 heures Vic Toews, la Chambre basse du parlement canadien a adopté en 2e lecture le projet de loi C-257, un amendement au Code canadien du travail qui interdit l’embauche de briseurs de grève dans un conflit de travail. Le projet de loi est une copie de la loi anti-scab (Loi 45) adoptée par le gouvernement péquiste de René Lévesque… en décembre 1977!

Le parrain de ce projet de loi, le bloquiste Richard Nadeau (BQ-Gatineau) a réussi là où le Bloc avait échoué à 9 reprises (le premier député à déposer un tel projet fut un certain Gilles Duceppe en 1990), en raison de l’opposition systématique des conservateurs et des libéraux. Cette fois-ci, les Libéraux ont voté du bon bord. Marque finale: 167 pour, 101 contre.

Après ça, on dira que le Bloc ne sert à rien à Ottawa!

Nouveau point de rupture?

Par Claude Boucher
le 24 octobre 2006 à 23:10

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«Nation» québécoise? L’idée des partisans québécois de Michael Ignatieff, candidat au leadership du PLC était de s’insérer de nouveau dans la conversation québécoise, après la Nuit des longs couteaux, le sabotage du Lac Meech, l’insulte de Charlottetown, les promesses non tenues de 1995 et les magouilles des commandites, qui s’accumulent encore aujourd’hui, un an après le dépôt du rapport du bon juge Gomery.

Il semble qu’il faudra autre chose parce que leurs maîtes Canadian viennent de leur signifier une fin de non-recevoir, pure et simple. D’abord, l’approche “over my dead body“:

Andrew Coyne, propagandiste pro-Harper sévissant au National Post:
There are indeed repeated references in the Confederation debates to the desire to create “a new nationality,” a “political nation,” and so forth. Not two, or 10, or 600: one.

De l’autre côté, il y a la candeur rafraîchissante de ceux qui énoncent clairement la portée de cette «reconnaissance»:

Gerry Byrne, député libéral fédéral de Terre-Neuve et partisan d’Ignatieff:

At the other extreme, Newfoundland MP Gerry Byrne, another Ignatieff supporter, said recognizing Quebec as a nation is no big deal. He said Acadians and aboriginal peoples are routinely called nations, so why not a province? Indeed, why not his own province?

“We are a nation of nations so I don’t really see this as a thin edge of the wedge issue,” Byrne said in an interview.

He noted that Newfoundland and Labrador “was actually a nation until 1949″ when it joined Canada. And he wouldn’t rule out recognizing Ontario or other provinces as nations as well.

Autrement dit, les Denis Coderre, Pablo Rodriguez et autres Liza Frulla doivent se faire une raison, chose que Stéphane Dion, à titre de père fouettard de l’idéologie trudeauiste a bien compris, lui. Ce sera notre adhésion au statu quo et le statut de la commuanuté ukrainienne des Prairies ou l’indépendance. Dion a choisi l’à-plat-ventrisme, et au moins, il a l’honnêteté de le dire.
Il faudra bien se faire une raison: le Québec une province comme les autres ou elle devra sortir. Ça c’est ce que l’ineffable Paul Wells appelle de la “lucidité“!

Delenda est Carthago

Par Claude Boucher
le 23 octobre 2006 à 19:10

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La stratégie du Parti libéral du Québec en vue des prochaines élections au Québec est très simple. Compter sur la brise de droite pour achever définitivement la réunification forcée des forces de l’Action démocratique du Québec avec les siennes. À preuve l’acharnement dont font preuve les stratèges de la rue Gilford afin d’assassiner le king de Rivière-du-Loup, Mario Dumont.

Contrairement à ce qu’on peut généralement penser du côté souverainiste, le virage nationaliste amorcé par le premier ministre Jean Charest ne vise pas autant la clientèle péquiste, mais plutôt la clientèle nationaliste molle et plutôt individualiste que fédère le leader adéquiste. Déclaration fracassante au début juillet de M. Charest à Paris, petit côté autonomiste à la conférence fédérale-provinciale de St. John’s, petites lettres ouvertes aux journaux de son ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, discours au dévoilement de la statue de Robert Bourassa, ces petits détails s’accumulent.

Et voilà qu’aujourd’hui, on apprend que le PLQ laisse couler un sondage externe (commandé à la maison Léger Marketing!) qui relance les spéculations au sujet de la candidature du maire Jean D’Amour de Rivière-du-Loup:

Un sondage Léger Marketing commandité par le Parti libéral du Québec, mené les 18 et 19 octobre, montre que si les gens étaient appelés aux urnes, Mario Dumont serait battu par le maire de Rivière-du-Loup, Jean D’Amour. M. Dumont ne récolterait que 33 % des votes, soit 25 % de moins qu’en 2003. Jean D’Amour serait élu avec 36 % des appuis. Si le bloquiste Paul Crête passait au PQ, il obtiendrait un score de 28 %, précise le sondage.

Comme Michel C. Auger le dit dans son propre blogue, ça sent l’offensive séduction à 100 miles à l’heure!