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Posts from novembre, 2006

Auger tombe dans le jovialisme

Par Claude Boucher
le 29 novembre 2006 à 08:11

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Classé dans Politique Québec

Ce matin dans Le Soleil, Michel C. Auger y va d’une chronique au ton franchement jovialiste, où il va jusqu’à annoncer la fin du trudeauisme et le début d’une nouvelle relation entre le Québec et le Canada, après l’adoption lundi soir, de la motion affirmant que « Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni; / That this House recognize that the Québécois form a nation within a united Canada ».

C’est une conception du Canada qui ne tient plus la route que chez certains nostalgiques de l’époque Trudeau. Au moins deux fois depuis 1988, la Cour suprême du Canada a explicitement reconnu la responsabilité particulière du Québec pour préserver la langue et la culture française, un principe qui fait maintenant partie de la jurisprudence.

[…]

Le changement n’est pas moins important au sein du Parti conservateur. Comme l’anti-communiste Nixon avait reconnu la Chine de Mao, c’est un Premier ministre issu de l’ancien Parti réformiste qui a fait le geste de faire voter tous ses députés – sauf un – pour reconnaître les Québécois comme nation. Cela aussi est un grand progrès, quand on sait que le Reform était partisan de l’égalité absolue des provinces et le grand adversaire de la notion de «société distincte».

La fin de la vision trudeauiste? Nixon en Chine? Pas du tout. Malgré ce que les députés fédéraux ont voté, on constate plutôt que les leaders politiques canadiens sont complètement dans le champ par rapport à l’opinion publique canadienne. Pour s’en convaincre, il suffit simplement d’écouter ou de lire les médias anglophones ou de regarder les résultats particulièrement significatifs du dernier sondage Léger/TVA.

Quand l’appui au concept de la nation québécoise tourne autour autour de 15 % dans le ROC et qu’on voit les politiciens canadiens qui ont voté pour la résolution tout faire pour changer le sujet, on ne peut honnêtement y voir de changement de cap.

Non, le Canada de 2006 vit dans le même déni de réalité que celui du 22 juin 1990. Les chances d’y voir reconnaître nos revendications traditionnelles (enchâssement de notre statut, compétences exclusives, veto, limitation du pouvoir de dépenser et fin de l’ingérence fédérale, règlement du déséquilibre fiscal, nomination des juges à la Cour suprême, etc.) sont mauvaises, voire pratiquement nulles.

La preuve sera faite en fin de semaine à Montréal lorsque les gardiens de l’orthodoxie négationniste choisiront Bob Rae ou Stéphane Dion comme premier ministre en attente.

La « réforme constitutionnelle de la dernière chance » est un mirage. Elle n’aura pas lieu parce que les Canadiens en ont assez de ce qu’ils interprètent comme un autre bluff du Québec.

À nous maintenant d’en prendre acte et de considérer avec lucidité les deux voies possibles qui s’offrent à nous : une province de Québec égale à celle de l’Île-du-Prince-Édouard dans la constitution de 1982 ou un Québec maître de son destin.

La nation québécoise s’exprime à Repentigny

Par Claude Boucher
le 28 novembre 2006 à 15:11

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Classé dans Politique Québec

Drôle de journée politique hier à Ottawa. D’abord, il y a cette motion reconnaissant que « les Québécoises et Québécois forment une nation à l’intérieur d’un Canada uni» (sic), qui nous a donné droit encore une fois au vrai visage du Canada: un pays ingérable, où la simple reconnaissance d’une réalité historique, sociologique et identitaire évidente fait remonter à la surface le profond fossé qui existe entre le Québec et le Canada. On a eu droit au mépris, à la mauvaise foi et aux sophismes les plus pernicieux. Business as usual, pour les négationnistes qui s’indignent à chaque fois que le mot Kwebek est mentionné.
Parallèlement à ce grand théâtre politique, l’élection partielle dans Repentigny qui se déroulait en même temps, avait pratiquement l’allure d’un sondage instantané sur le «coup de maître» de Stephen Harper. Il s’agissait d’une coïncidence, mais c’est tout de même intéressant.

Évidemment, il était écrit dans les astres que le Bloc obtiendrait une majorité dans cette circonscription aux racines indépendantistes très profondes, mais il est particulièrement instructif de constater que les troupes de Gilles Duceppe — qui auraient passé une mauvaise semaine selon la plupart des scribes passionnés de procédure parlementaire –, ont obtenu deux votes sur trois, soit plus que la dernière fois. De leur côté, less Conservateurs, à qui on prédisait une embellie avec leur “ouverture au Québec”, n’ont fait aucun gain et que les libéraux sont pratiquement relégués au statut de tiers parti, avec 5% des votes!

Il semble qu’en terme de gain politique à court terme, la manoeuvre improvisée de Harper n’a pas livré toutes ses promesses (sans compter la défaite à London et la démission du ministre qui était censé être responsable des affaires intergouvernementales, mais qu’on a tenu à l’écart des discussions sur la motion de Harper).

Le Bloc et la nation: repli tactique, gain stratégique

Par Claude Boucher
le 24 novembre 2006 à 18:11

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Classé dans Politique Québec

Contrairement à plusieurs, je crois que Gilles Duceppe nous a montré une stratégie digne de Sun Tzu ! Il propose (et ce n’est pas la première fois) une motion parfaitement correcte et qui ne fait qu’énoncer l’évidence même : la nation québécoise existe.

Harper lui vole le texte, le fait sien et ajoute cinq mots (qui ne sont que du vent, parce qu’une fois souverains, les Québécois ne seront plus dans un “Canada uni”) pour se faire du capital politique sur le dos des souverainistes. Trop contents de l’astuce du premier ministre, les Libéraux et Néo-démocrates sautent à pied joint dans le piège.

Jeudi, au profit d’une savante mise en scène, MM. Duceppe (il a du talent pour le théâtre, comme son père !) et Michel Gauthier déchirent leurs chemises en pleine Chambre des communes. La performance est tellement convaincante que même Stéphane Dion et Bob Rae se revendiquent maintenant en tant que “défenseurs” de la nation québécoise !

Il ne restait plus qu’à refermer le piège. Vendredi matin, le Bloc annonce qu’il votera pour la motion. Les fédéralistes ne peuvent plus se défiler. Pris au piège, ils devront voter pour, eux aussi ! Repli tactique du Bloc, victoire symbolique et stratégique du Québec.

Wow!

Je conseille à quiconque est intéressé dans la politique chez nos voisins Canadiens de lire les blogues politiques et les pages d’opinion des journaux de Toronto, Edmonton et Ottawa. J’y trouve chaque jour un fertilisant abondant pour cultiver ma conviction que le Québec Et le Canada ont tout à gagner de la souveraineté politique du Québec.

Il faut voir ces gens ordinaires de Toronto, Oshawa, Lethbridge et Saskatoon déchirer leurs chemises en menaçant soit:

Nostalgique de Diefenbaker et de Trudeau, Andrew Coyne du National Post pleure le fait que le Canada se vide de toute substance. Car pour lui, le Canada ne peut se concevoir dans toute forme de pacte entre le Québec et les provinces. Il se doit d’être “national”, unitaire, avec le Canada qui parle et un Québec qui devrait connaître sa place. Sois belle, province de Québec, et tais-toi.

Quebec nationalists are entitled to argue that Quebec is a nation all they want. But somewhere, sometime, somebody has to put the other proposition: that Canada is a nation; that Quebecers are a part of that nation; that they have as much or more in common with other Canadians as they do with each other.

Le problème de M. Coyne, c’est qu’il refuse de voir la réalité en face. Les Québécois forment une nation et qu’ils ont compris qu’ils n’ont finalement pas tant de choses que ça en commun avec le Canada.

Le problème du Canada, c’est qu’il refuse d’admettre qu’on ne peut forcer le Québec à renier 250 ans de résistance à l’assimilation. D’où les propositions farfelues comme d’accorder le statut de nation à l’Île-du-Prince-Écouard au nom de l’équité.

Mais tout cela est un peu stérile et attendu de ceux qui affirmaient que Meech et Charlottetown en donnait trop au Québec. Ce qui estg de plus en plus répandu par contre, c’est le développement d’une nouvelle attitude plus réaliste. Celle de dire que la souveraineté du Québec est inévitable et qu’il serait préférable que le Québec sorte du Canada une fois pour toutes.

Je suis d’accord et je pense qu’il s’agit là d’une excellente façon de régler le problème du Canada et du Québec. La souveraineté est l’aboutissement logique du nationalisme québécois et les plus lucides l’ont compris.

Voilà peut-être une conséquence heureuse et imprévue de ce que Gilles Duceppe a mis en marche en déposant sa motion reconnaissant que “les hommes et les femmes du Québec forment une nation”.

Les vertus de la clarté

Par Claude Boucher
le 2 novembre 2006 à 00:11

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Classé dans Environnement, Nos amis canadiens

Quoi qu’on dise, Norman Spector peut être d’une franchise brutale. Au cours d’une récente entrevue, l’ex-chef de cabinet de Brian Mulroney aurait traité Belinda Stronach de quadrupède de sexe féminin, ce qui frappe d’apoplexie les partisans Libéraux fédéraux qui ont pignon sur rue sur le ouèbe.

Il récidive — mais dans un autre ordre d’idées, celui-là beaucoup plus important — dans Le Devoir de jeudi matin avec un texte percutant, au titre qui l’est pas moins : Pas question de « nation » québécoise.

En substance, M. Spector dit en français dans LE journal qui incarne le nationalisme québécois depuis 1910, que les Québécois devront se contenter de ce qu’ils ont au sein du Canada. La « nation » québécoise ne sera jamais reconnue comme nation fondatrice du Canada, parce que cette vision du Canada est diamétralement opposée au multiculturalisme, qui tient lieu de doctrine fondatrice.

Nos réticences à nous engager dans des pourparlers constitutionnels s’expliquent aussi par le fait que peu de gens ici estiment que le Québec a été trahi ou exclu de la Constitution en 1982. Cette position s’explique par le nombre d’années qui se sont écoulées, des années qui ont vu le pays changer en raison notamment des vagues d’immigration. Mais essentiellement, c’est parce que le rapatriement de la Constitution est perçu comme l’oeuvre d’un premier ministre venant de Québec, Pierre Trudeau, que les Britanno-Colombiens restent froids devant le débat constitutionnel.

Intéressante affirmation. Trudeau faisait partie de la tribu québécoise; Trudeau a imposé le multiculturalisme; donc les Québécois devraient être satisfaits de l’arrangement actuel. C’est d’autant plus vrai que les voisins britanno-colombiens de M. Spector ne croient pas vraiment à la dévotion des fédéralistes québécois envers la nation canadienne. Il ne croient pas non plus que ce qui leur apparait comme une autre concession de leur part changerait quoi que ce soit :

Cependant, si le Québec devait être désigné comme « une nation au sein du Canada » — une formule très ambiguë –, mes voisins se demanderaient sûrement si les fédéralistes québécois ont aussi le sentiment de faire partie de la nation canadienne et s’ils croient toujours que le gouvernement d’Ottawa est leur gouvernement national.

Venant d’un homme qui a vu beaucoup d’eau couler sous les ponts au cours de sa longue carrière de mandarin fédéral, la franchise de M. Spector est on ne peut plus limpide. Et il n’est pas le seul à le dire, puisqu’on peut la lire depuis plus de deux semaines dans Le Globe and Mail, le National Post, le Toronto Star et autres gazettes au pays de l’unifolié.

M. Spector et les Paul Wells, John Ibbitson, Thomas Walcom, Andrew Coyne et autres disent à MM. Pelletier, Lapierre et les autres défenseurs québécois du fédéralisme renouvelé, rentable ou asymétrique que le Canada ne veut rien savoir. Une ligne, contraire aux intérêts québécois, qui est ferme, claire et précise. L’affaire est réglée et n’en parlons plus. Il serait temps que les vendeurs d’illusions fédéralistes le comprennent.

Si ce n’est toujours pas le cas, permettez-moi de vous traduire la substance de leurs propos en termes simples et dénués de toute ambiguïté : « Y en aura pas de deal! Arrêtez-nous de nous tanner avec ça! Et comptez-vous chanceux qu’on vous tolère encore » Nous n’avons pas encore atteint le point où les pundits du Canada accepteront de partager une tribune du comité du OUI à Québec ou Thetford Mines avec André Boisclair ou Gilles Duceppe (au contraire!), mais…

En attendant d’entendre M. Spector en duo avec Gilles Vignault, on blâme plus ou moins directement Michael Ignatieff, cet intellectuel néophyte des us et coutumes de la realpolitik à la canadienne. Jean Chrétien ne veut plus entendre parler de constitution. Stéphane Dion et Bob Rae non plus. Ces decision makers essaient-ils de se couvrir s’ils perdent le contrôle de la situation, rendant la souveraineté du Québec inévitable?

Et sous leur froide façade, que peuvent bien mijoter Stephen Harper et ses collègues de l’École de Calgary? Harper a clairement indiqué qu’il ne croyait pas au concept de nation québécoise, à Québec, la veille de la Fête nationale. Encore là, les propos sont d’une grande clarté.

La controverse entourant la position d’Ignatieff, les agissements du gouvernement conservateur depuis quelques semaines et la ligne dure que le pouvoir en place maintient avec le gouvernement de leur « ami » Jean Charest, malheureux dindon de la farce dans toute cette affaire, s’explique-t-elle ainsi?

On pourra dire que je projette mes fantasmes souverainistes sur les acteurs de cette tragi-comédie. Peut-être. Mais j’ai l’impression, à lire les analyses publiées à Toronto ainsi que les militants libéraux et néo-démocrates canadiens, que la seule solution acceptable pour le Canada, c’est « que le Québec se la ferme » et « qu’ils arrêtent de gémir sur leur sort ». Ils veulent rien savoir des propositions d’Ignatieff, et pourtant, il ne s’agit que d’un machin symbolique qui ne porte à aucune conséquence. On est à des lieues du rapport Allaire, ou même de Meech.

C’est dans ces moments comme ceux-ci, où le Canada tergiverse sur Kyoto pendant que nos entreprises perdent des millions $ à cause des fondamentalistes chrétiens au pouvoir, que Rona Ambrose osera raconter des sornette au monde au nom des Québécois, qu’on se dit qu’il est grand temps qu’on la fasse cette fameuse souveraineté du Québec! Et au plus vite!