Je viens de lire quelque chose de rigolo sur le blogue de Red Tory, un bon “liberul federul”. Le pauvre type essaie d’expliquer la crise du niqab à son auditoire canadien, à partir de son clavier à Victoria BC.
En gros, il prétend que Stephen Harper a créé artificiellement la crise pour en profiter dans les circonscriptions d’Outremont, de Bagot et de Roberval, où se tiendront des élections partielles fédérales le 17 septembre prochain. C’est dur d’être dans le champ de même, mais il le blogueur l’a fait!
Chers voisins canadiens, la réponse est non. C’est plutôt la suite du débat sur le même sujet qui a eu lieu en février dernier et qui s’est conclu par l’abandon de l’idée par le directeur général des élections du Québec. Ce n’est pas un nouveau débat, et nous avions cru qu’il avait été tranché. On pensait que le message avait été compris à Ottawa aussi. Ben non, ça dormait au gaz dans la capitale canadienne. Et puis ils ont manqué de chance. Les trois premières élections avec les nouvelles règles étaient toutes au Québec.
En fait, les politiciens fédéraux, sauf ceux du Bloc, ont tous été à la remorque des événements qui se sont produits au cours des derniers jours. Contrairement aux leaders politiques québécois (Charest, Marois et Dumont), les partis fédéralistes (les principaux concernés, puisqu’il s’agit de partielles fédérales) étaient complètement dans le noir, pris dans les contradictions inhérentes entre le multiculturalisme canadien et et notre approche d’intégration interculturelle, d’inspiration républicaine.
Ces différences d’approches démontrent un autre de ces fossés qui séparent le Québec du Canada. Les Québécois ont rejeté l’étouffante influence de l’église catholique romaine au cours de la Révolution tranquille des années 1960. Ils ont choisi de définir leur société à partir des principes français, plutôt que britanniques ou américains. Cependant, la “religion” multiculturaliste canadienne promue par Trudeau et compagnie est venue brouiller les cartes; assez subtilement au début, puis de plus en plus clairement au fur et à mesure que des juges nommés par Ottawa ont eu fait d’interpréter et de baliser les droits individuels de tout un chacun.
Le dossier de l’accomodation avec les groupes religieux en est un qui mijote depuis plusieurs années déjà. Le plus souvent, dans le cas des communautés hassidiques d’Outremont, il s’agit d’une barrière de communication entre les membres d’un des rares ghettos qui subsistent à Montréal (les autres étant le quartier chinois et quelques bastions municipalités “historiques” sur l’île de Montréal). Mais, depuis quelques années, on assiste à la montée d’un phénomène de ghettoïsation d’une partie de la population d’origine musulmane et d’immigration récente, dans le nord-ouest de la ville (à Ville Saint-Laurent par exemple). Cette ghettoïsation est inquiétante parce qu’elle est contraire à la cohésion, à la solidarité sociale nécessaire au projet national québécois.
Dans le cas qui nous préoccupe, l’objection peut être de gauche ou de droite. À gauche, certains groupes féministes ont rappelé que le principe d’égalité impose que tous doivent pouvoir être identifiés pour participer à l’acte citoyen fondateur, le droit de vote. Et qu’il ne saurait être fait exception parce que le même geste est exigé dans différentes interactions du citoyens avec l’État. Fait intéressant à noter, le même argument est employé par les associations musulmanes elles-mêmes. L’argument de droite reprend en général l’argumentaire de gauche auquel il ajoute que se cache dans ce geste un rejet de la société d’accueil.
L’affaire de la burqa prise 2 s’inscrit aussi dans un contexte social bien particulier. Celui d’un indivualisme déstabilisant pour la société québécoise, de la multiplication des petits incidents de la vie quotidienne et la perception d’une certaine stagnation dans l’intégration des nouveaux arrivants. La conscience démographique éveille le sentiment patriotique pratiquement codifié dans l’ADN de chaque Québécois.
Le kirpan, le code de vie d’Hérouxville, la burqa, encore la burqa et à compter de ce soir, les premières audiences publiques régionales de la commission Bouchard-Taylor. Cela risque d’être intéressant.