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Un blogue politique québécois

L’important… pas de majorité au fédéral

Par Claude Boucher
le 3 décembre 2006 à 11:12

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Classé dans Nos amis canadiens

Avec l’élection de Stéphane Dion (alias le rat ou le roi-nègre) à la tête du Parti libéral du Canada, l’année 2007 sera particulièrement intéressante à bien des niveaux.

  • Les Conservateurs, comme Michael Fortier, tentent déjà de tirer parti du choix du PLC pour s’imposer comme l’option fédéraliste par défaut au Québec.
  • Les Libéraux fédéraux, avec  Dion à leur tête, poursuivent leur fuite en avant dans le trudeauisme le plus orthodoxe, une vision rejetée par la plupart des fédéralistes québécois, à l’exception des plus purs et durs.

Qu’elle devrait être la position tactique des souverainistes devant cette situation? Deux choses doivent être mises de l’avant:

  • Les positions des Conservateurs dans une foule de dossiers (de l’environnement à la justice, en passant par les accès belliqueux en matière de politique étrangère) sont contraires aux intérêts supérieurs du Québec. Harper ne défend pas les intérêts du Québec.
  • Les positions de Dion sur le déséquilibre fiscal, le pouvoir fédéral de dépenser et le droit du Québec de choisir librement son avenir politique (Dion a dit hier que «les Québécois avaient le droit de ne pas choisir!») sont elles aussi contraires aux intérêts supérieurs du Québec. Dion ne défend pas les intérêts du Québec.

Cependant, il faut convenir que l’un de ces deux tristes personnages deviendra premier ministre du Canada au terme des prochaines élections fédérales. Tout ce que nous pouvons faire pour limiter les dégâts, c’est de ne pas donner de chèque en blanc à l’un ou l’autre de ces tristes personnages en réélisant une forte délégation du Bloc à Ottawa. Dans les circonstances actuelle, un gouvernement minoritaire constitue un moindre mal.

Dion, chef libéral… Harper doit sabrer le champagne!

Par Claude Boucher
le 2 décembre 2006 à 21:12

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Classé dans Politique Québec

Qui aurait cru… Non, les voix du Québec n’ont pas été déterminantes dans le choix d’un nouveau chef pour le Parti libéral du Canada qui a choisi l’intégriste fédéraliste, le Québécois mange canayen au dépens de Michael Ignatieff, un intellectuel brillant, quoique visiblement déconnecté des réalités canadiennes.

Oui, le même Stéphane Dion qui est la tête de turc des Québécois depuis l’adoption de l’anti-démocratique «loi sur la clarté», celui qu’on a décrit comme un «rongeur», un «boute-feu» ou un Pierre Laval deviendra possiblement le prochain premier ministre du Canada.

Pour les souverainistes, c’est tout de même inespéré. L’inflexibilité idéologique et la logique trudeauiste reprennent du service à la tête du «Natural Governing Party» du Canada. Avec un Dion à la tête du PLC, les tenants du fédéralisme renouvelé n’ont qu’à bien se tenir. Une seule option ne trouve grâce aux yeux de Dion. Celle du Québec au service d’une vision «canadian» du monde, la poursuite de la fuite en avant multiculturaliste, où l’identité québécoise est aussi peu importante que celle des Ukrainiens de la Saskatchewan, ou celle des Chinois de Vancouver. We’re all Canadian, right?

Pour les Conservateurs, c’est une bonne affaire aussi. Au Québec, le parti de Stephen Harper pourra prendre plus de place et faire le plein du vote fédéraliste francophone, en raison notamment de la désaffection manifestée par une bonne partie des militants québécois du PLC, qui a fait bloc derrière la candidature de Michael Ignatieff. Quel impact sur la distribution des sièges québécois à la Chambre des communes? Difficile à dire, mais une chose est certaine: la tendance lourde vers l’extinction permanente des Libéraux fédéraux du Québec ne sera pas modifiée par ce choix.

Quelques blogueurs de l’ouest canadiens croient que le nouveau chef libéral se retrouvera rapidement en panne. Eux aussi voient dans Dion une réincarnation de Trudeau, honni dans l’ouest pour sa politique nationale de l’énergie des années 70.

Même le NPD peut voir d’un bon oeil l’élection de Dion. La situation aurait été beaucoup plus difficile pour Jack Layton avec un Bob Rae à la tête des troupes libérales.

Somme toute, tous les partis fédéraux ont raison de se réjouir du choix des militants libéraux au terme de quatre tours de scrutin. Quant aux Libéraux eux-même, ils risquent d’avoir à se choisir un autre chef avant longtemps. Car le PLC aime deux choses, comme nous le rappelait le journal de ce matin: l’unité et le pouvoir…

Auger tombe dans le jovialisme

Par Claude Boucher
le 29 novembre 2006 à 08:11

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Classé dans Politique Québec

Ce matin dans Le Soleil, Michel C. Auger y va d’une chronique au ton franchement jovialiste, où il va jusqu’à annoncer la fin du trudeauisme et le début d’une nouvelle relation entre le Québec et le Canada, après l’adoption lundi soir, de la motion affirmant que « Que cette Chambre reconnaisse que les Québécoises et les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni; / That this House recognize that the Québécois form a nation within a united Canada ».

C’est une conception du Canada qui ne tient plus la route que chez certains nostalgiques de l’époque Trudeau. Au moins deux fois depuis 1988, la Cour suprême du Canada a explicitement reconnu la responsabilité particulière du Québec pour préserver la langue et la culture française, un principe qui fait maintenant partie de la jurisprudence.

[…]

Le changement n’est pas moins important au sein du Parti conservateur. Comme l’anti-communiste Nixon avait reconnu la Chine de Mao, c’est un Premier ministre issu de l’ancien Parti réformiste qui a fait le geste de faire voter tous ses députés – sauf un – pour reconnaître les Québécois comme nation. Cela aussi est un grand progrès, quand on sait que le Reform était partisan de l’égalité absolue des provinces et le grand adversaire de la notion de «société distincte».

La fin de la vision trudeauiste? Nixon en Chine? Pas du tout. Malgré ce que les députés fédéraux ont voté, on constate plutôt que les leaders politiques canadiens sont complètement dans le champ par rapport à l’opinion publique canadienne. Pour s’en convaincre, il suffit simplement d’écouter ou de lire les médias anglophones ou de regarder les résultats particulièrement significatifs du dernier sondage Léger/TVA.

Quand l’appui au concept de la nation québécoise tourne autour autour de 15 % dans le ROC et qu’on voit les politiciens canadiens qui ont voté pour la résolution tout faire pour changer le sujet, on ne peut honnêtement y voir de changement de cap.

Non, le Canada de 2006 vit dans le même déni de réalité que celui du 22 juin 1990. Les chances d’y voir reconnaître nos revendications traditionnelles (enchâssement de notre statut, compétences exclusives, veto, limitation du pouvoir de dépenser et fin de l’ingérence fédérale, règlement du déséquilibre fiscal, nomination des juges à la Cour suprême, etc.) sont mauvaises, voire pratiquement nulles.

La preuve sera faite en fin de semaine à Montréal lorsque les gardiens de l’orthodoxie négationniste choisiront Bob Rae ou Stéphane Dion comme premier ministre en attente.

La « réforme constitutionnelle de la dernière chance » est un mirage. Elle n’aura pas lieu parce que les Canadiens en ont assez de ce qu’ils interprètent comme un autre bluff du Québec.

À nous maintenant d’en prendre acte et de considérer avec lucidité les deux voies possibles qui s’offrent à nous : une province de Québec égale à celle de l’Île-du-Prince-Édouard dans la constitution de 1982 ou un Québec maître de son destin.

La nation québécoise s’exprime à Repentigny

Par Claude Boucher
le 28 novembre 2006 à 15:11

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Classé dans Politique Québec

Drôle de journée politique hier à Ottawa. D’abord, il y a cette motion reconnaissant que « les Québécoises et Québécois forment une nation à l’intérieur d’un Canada uni» (sic), qui nous a donné droit encore une fois au vrai visage du Canada: un pays ingérable, où la simple reconnaissance d’une réalité historique, sociologique et identitaire évidente fait remonter à la surface le profond fossé qui existe entre le Québec et le Canada. On a eu droit au mépris, à la mauvaise foi et aux sophismes les plus pernicieux. Business as usual, pour les négationnistes qui s’indignent à chaque fois que le mot Kwebek est mentionné.
Parallèlement à ce grand théâtre politique, l’élection partielle dans Repentigny qui se déroulait en même temps, avait pratiquement l’allure d’un sondage instantané sur le «coup de maître» de Stephen Harper. Il s’agissait d’une coïncidence, mais c’est tout de même intéressant.

Évidemment, il était écrit dans les astres que le Bloc obtiendrait une majorité dans cette circonscription aux racines indépendantistes très profondes, mais il est particulièrement instructif de constater que les troupes de Gilles Duceppe — qui auraient passé une mauvaise semaine selon la plupart des scribes passionnés de procédure parlementaire –, ont obtenu deux votes sur trois, soit plus que la dernière fois. De leur côté, less Conservateurs, à qui on prédisait une embellie avec leur “ouverture au Québec”, n’ont fait aucun gain et que les libéraux sont pratiquement relégués au statut de tiers parti, avec 5% des votes!

Il semble qu’en terme de gain politique à court terme, la manoeuvre improvisée de Harper n’a pas livré toutes ses promesses (sans compter la défaite à London et la démission du ministre qui était censé être responsable des affaires intergouvernementales, mais qu’on a tenu à l’écart des discussions sur la motion de Harper).

Le Bloc et la nation: repli tactique, gain stratégique

Par Claude Boucher
le 24 novembre 2006 à 18:11

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Classé dans Politique Québec

Contrairement à plusieurs, je crois que Gilles Duceppe nous a montré une stratégie digne de Sun Tzu ! Il propose (et ce n’est pas la première fois) une motion parfaitement correcte et qui ne fait qu’énoncer l’évidence même : la nation québécoise existe.

Harper lui vole le texte, le fait sien et ajoute cinq mots (qui ne sont que du vent, parce qu’une fois souverains, les Québécois ne seront plus dans un “Canada uni”) pour se faire du capital politique sur le dos des souverainistes. Trop contents de l’astuce du premier ministre, les Libéraux et Néo-démocrates sautent à pied joint dans le piège.

Jeudi, au profit d’une savante mise en scène, MM. Duceppe (il a du talent pour le théâtre, comme son père !) et Michel Gauthier déchirent leurs chemises en pleine Chambre des communes. La performance est tellement convaincante que même Stéphane Dion et Bob Rae se revendiquent maintenant en tant que “défenseurs” de la nation québécoise !

Il ne restait plus qu’à refermer le piège. Vendredi matin, le Bloc annonce qu’il votera pour la motion. Les fédéralistes ne peuvent plus se défiler. Pris au piège, ils devront voter pour, eux aussi ! Repli tactique du Bloc, victoire symbolique et stratégique du Québec.

Wow!

Je conseille à quiconque est intéressé dans la politique chez nos voisins Canadiens de lire les blogues politiques et les pages d’opinion des journaux de Toronto, Edmonton et Ottawa. J’y trouve chaque jour un fertilisant abondant pour cultiver ma conviction que le Québec Et le Canada ont tout à gagner de la souveraineté politique du Québec.

Il faut voir ces gens ordinaires de Toronto, Oshawa, Lethbridge et Saskatoon déchirer leurs chemises en menaçant soit:

Nostalgique de Diefenbaker et de Trudeau, Andrew Coyne du National Post pleure le fait que le Canada se vide de toute substance. Car pour lui, le Canada ne peut se concevoir dans toute forme de pacte entre le Québec et les provinces. Il se doit d’être “national”, unitaire, avec le Canada qui parle et un Québec qui devrait connaître sa place. Sois belle, province de Québec, et tais-toi.

Quebec nationalists are entitled to argue that Quebec is a nation all they want. But somewhere, sometime, somebody has to put the other proposition: that Canada is a nation; that Quebecers are a part of that nation; that they have as much or more in common with other Canadians as they do with each other.

Le problème de M. Coyne, c’est qu’il refuse de voir la réalité en face. Les Québécois forment une nation et qu’ils ont compris qu’ils n’ont finalement pas tant de choses que ça en commun avec le Canada.

Le problème du Canada, c’est qu’il refuse d’admettre qu’on ne peut forcer le Québec à renier 250 ans de résistance à l’assimilation. D’où les propositions farfelues comme d’accorder le statut de nation à l’Île-du-Prince-Écouard au nom de l’équité.

Mais tout cela est un peu stérile et attendu de ceux qui affirmaient que Meech et Charlottetown en donnait trop au Québec. Ce qui estg de plus en plus répandu par contre, c’est le développement d’une nouvelle attitude plus réaliste. Celle de dire que la souveraineté du Québec est inévitable et qu’il serait préférable que le Québec sorte du Canada une fois pour toutes.

Je suis d’accord et je pense qu’il s’agit là d’une excellente façon de régler le problème du Canada et du Québec. La souveraineté est l’aboutissement logique du nationalisme québécois et les plus lucides l’ont compris.

Voilà peut-être une conséquence heureuse et imprévue de ce que Gilles Duceppe a mis en marche en déposant sa motion reconnaissant que “les hommes et les femmes du Québec forment une nation”.

Les vertus de la clarté

Par Claude Boucher
le 2 novembre 2006 à 00:11

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Classé dans Environnement, Nos amis canadiens

Quoi qu’on dise, Norman Spector peut être d’une franchise brutale. Au cours d’une récente entrevue, l’ex-chef de cabinet de Brian Mulroney aurait traité Belinda Stronach de quadrupède de sexe féminin, ce qui frappe d’apoplexie les partisans Libéraux fédéraux qui ont pignon sur rue sur le ouèbe.

Il récidive — mais dans un autre ordre d’idées, celui-là beaucoup plus important — dans Le Devoir de jeudi matin avec un texte percutant, au titre qui l’est pas moins : Pas question de « nation » québécoise.

En substance, M. Spector dit en français dans LE journal qui incarne le nationalisme québécois depuis 1910, que les Québécois devront se contenter de ce qu’ils ont au sein du Canada. La « nation » québécoise ne sera jamais reconnue comme nation fondatrice du Canada, parce que cette vision du Canada est diamétralement opposée au multiculturalisme, qui tient lieu de doctrine fondatrice.

Nos réticences à nous engager dans des pourparlers constitutionnels s’expliquent aussi par le fait que peu de gens ici estiment que le Québec a été trahi ou exclu de la Constitution en 1982. Cette position s’explique par le nombre d’années qui se sont écoulées, des années qui ont vu le pays changer en raison notamment des vagues d’immigration. Mais essentiellement, c’est parce que le rapatriement de la Constitution est perçu comme l’oeuvre d’un premier ministre venant de Québec, Pierre Trudeau, que les Britanno-Colombiens restent froids devant le débat constitutionnel.

Intéressante affirmation. Trudeau faisait partie de la tribu québécoise; Trudeau a imposé le multiculturalisme; donc les Québécois devraient être satisfaits de l’arrangement actuel. C’est d’autant plus vrai que les voisins britanno-colombiens de M. Spector ne croient pas vraiment à la dévotion des fédéralistes québécois envers la nation canadienne. Il ne croient pas non plus que ce qui leur apparait comme une autre concession de leur part changerait quoi que ce soit :

Cependant, si le Québec devait être désigné comme « une nation au sein du Canada » — une formule très ambiguë –, mes voisins se demanderaient sûrement si les fédéralistes québécois ont aussi le sentiment de faire partie de la nation canadienne et s’ils croient toujours que le gouvernement d’Ottawa est leur gouvernement national.

Venant d’un homme qui a vu beaucoup d’eau couler sous les ponts au cours de sa longue carrière de mandarin fédéral, la franchise de M. Spector est on ne peut plus limpide. Et il n’est pas le seul à le dire, puisqu’on peut la lire depuis plus de deux semaines dans Le Globe and Mail, le National Post, le Toronto Star et autres gazettes au pays de l’unifolié.

M. Spector et les Paul Wells, John Ibbitson, Thomas Walcom, Andrew Coyne et autres disent à MM. Pelletier, Lapierre et les autres défenseurs québécois du fédéralisme renouvelé, rentable ou asymétrique que le Canada ne veut rien savoir. Une ligne, contraire aux intérêts québécois, qui est ferme, claire et précise. L’affaire est réglée et n’en parlons plus. Il serait temps que les vendeurs d’illusions fédéralistes le comprennent.

Si ce n’est toujours pas le cas, permettez-moi de vous traduire la substance de leurs propos en termes simples et dénués de toute ambiguïté : « Y en aura pas de deal! Arrêtez-nous de nous tanner avec ça! Et comptez-vous chanceux qu’on vous tolère encore » Nous n’avons pas encore atteint le point où les pundits du Canada accepteront de partager une tribune du comité du OUI à Québec ou Thetford Mines avec André Boisclair ou Gilles Duceppe (au contraire!), mais…

En attendant d’entendre M. Spector en duo avec Gilles Vignault, on blâme plus ou moins directement Michael Ignatieff, cet intellectuel néophyte des us et coutumes de la realpolitik à la canadienne. Jean Chrétien ne veut plus entendre parler de constitution. Stéphane Dion et Bob Rae non plus. Ces decision makers essaient-ils de se couvrir s’ils perdent le contrôle de la situation, rendant la souveraineté du Québec inévitable?

Et sous leur froide façade, que peuvent bien mijoter Stephen Harper et ses collègues de l’École de Calgary? Harper a clairement indiqué qu’il ne croyait pas au concept de nation québécoise, à Québec, la veille de la Fête nationale. Encore là, les propos sont d’une grande clarté.

La controverse entourant la position d’Ignatieff, les agissements du gouvernement conservateur depuis quelques semaines et la ligne dure que le pouvoir en place maintient avec le gouvernement de leur « ami » Jean Charest, malheureux dindon de la farce dans toute cette affaire, s’explique-t-elle ainsi?

On pourra dire que je projette mes fantasmes souverainistes sur les acteurs de cette tragi-comédie. Peut-être. Mais j’ai l’impression, à lire les analyses publiées à Toronto ainsi que les militants libéraux et néo-démocrates canadiens, que la seule solution acceptable pour le Canada, c’est « que le Québec se la ferme » et « qu’ils arrêtent de gémir sur leur sort ». Ils veulent rien savoir des propositions d’Ignatieff, et pourtant, il ne s’agit que d’un machin symbolique qui ne porte à aucune conséquence. On est à des lieues du rapport Allaire, ou même de Meech.

C’est dans ces moments comme ceux-ci, où le Canada tergiverse sur Kyoto pendant que nos entreprises perdent des millions $ à cause des fondamentalistes chrétiens au pouvoir, que Rona Ambrose osera raconter des sornette au monde au nom des Québécois, qu’on se dit qu’il est grand temps qu’on la fasse cette fameuse souveraineté du Québec! Et au plus vite!

Le problème avec Québec solidaire…

Par Claude Boucher
le 30 octobre 2006 à 15:10

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Classé dans Politique Québec

J’ai un problème avec les propos du « militant progressiste et membre de Québec solidaire », Paul Cliche, que le site Vigile a publié aujourd’hui. Dans ce texte, l’auteur se dit déçu que la direction péquiste ait plus ou moins tassé la question de la nationalisation de l’énergie éolienne lors du dernier Conseil national du Parti Québécois, tenu en fin de semaine.

Je ne doute pas ni de la conviction souverainiste des Solidaires, ni de celles qu’ils ont à l’égard de leurs « bonnes causes », qui sont souvent les miennes. D’un autre côté, il faut éviter la précipitation. Voici un extrait symptomatique, du texte de Chiche:

La position de M. Boisclair sur l’énergie éolienne ressemble d’ailleurs beaucoup plus à celle du premier ministre Charest qu’à celle du Conseil national de son parti. J’espère que les progressistes encore fidèles au PQ comprendront enfin la leçon.

D’abord, la position de Boisclair n’est pas celle de Charest et Béchard. Charest refuse que HQ Production acquière l’expertise éolienne en soumissionnant sur des projets. De ce que je comprends de l’attitude du leadership péquiste, elle est au contraire favorable à ce que HQP développe des propositions, une fois que le processus des premiers 3000 MW commandés ou en construction sera complété.

L’attitude pragmatique de Boisclair est intéressante. D’abord, elle évite au PQ de se prononcer sur certains éléments du plan environnemental du PQ qui auraient pu susciter des controverses : péage au centre-ville de Montréal, abandon du pont de la 25, prolongation du métro de Laval, phase 2… Ensuite, le nouveau chef montre qu’il est capable de tenir en selle la base péquiste militante.

D’un autre côté, la base militante progressiste du PQ utilise la tribune du Conseil national pour faire avancer une idée qui fera son chemin dans l’imaginaire populaire. Rome ne s’est pas construite en un jour et des gens du calibre de Marc Laviolette le savent très bien. Rien de tel pour l’exposure qu’une bonne chicane de péquistes! L’invocation, pratiquement mythologique, de René Lévesque durant le débat, lance aussi un message. Le « père d’Hydro-Québec » ne s’est-il pas battu bec et ongle avec Jean Lesage et les money men libéraux pour faire progresser le projet, dès 1960?

* * *

C’est à ce moment-ci que nous retournons au propos principal : nos amis les Solidaires. En passant, où était Mme David le week-end dernier? Justement. Là est le problème. Qu’a-t-on retenu de leur Conseil national? Que M. Kadr est rétrogradé au titre de porte-parole principal (mais pas trop principal)? Et sur le message? Québec solidaire, le parti des progressistes, partisans de la souveraineté, n’ont pas de programme sur la question nationale. Mais ils en auront un… en novembre. Ce parti sent à la fois la réunionite aigüe (« que celles et ceux qui sont en faveur de peindre les murs en turquoise lèvent la main ») et l’improvisation totale.

En essayant de se positionner à gauche de la gauche, en francs-tireurs, Françoise David et ses troupes essaient de diviser le mouvement au moment où il doit préparer un réalignement vers le centre et le pouvoir, dès l’automne 2007. Il faudra ratisser large pour gagner l’an prochain. Il faudra aller piquer des voix chez Dumont, et même chez les Libéraux. Ces électeurs sont souvent sympathiques au message souverainiste, mais plus sceptiques envers un message plus socialisant. Pourquoi toujours se tirer dans le pied?
Le PQ doit couvrir le centre de l’échiquier politique pour espérer former le prochain gouvernement, première étape nécessaire vers l’accession à la souveraineté. Il doit aussi remplacer le gouvernement actuel : le Québec pourrait-il supporter quatre autres années sous la coupe du « frisé »? Québec solidaire choisit implicitement de nuire à ses deux principaux idéaux : la construction d’une société plus juste (une société, c’est jamais du tout ou rien) et l’indépendance du Québec.

On a abondamment traité de l’élection américaine de 2000. Françoise Davis veut-elle vraiment devenir la Ralph Nader du Québec?

A beau mentir qui vient de loin

Par Claude Boucher
le 28 octobre 2006 à 18:10

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Classé dans Nos amis canadiens

Au cours de mes lectures, il m’arrive de tomber sur des imbécilités tellement grosses qu’elles m’incitent à les bloguer, juste pour le plaisir d’en rire. C’est le cas d’un important article d’une gazette Quebecor (Sun Media), le Lloydminster Meridian Booster, qui analyse la situation politique québécoise à travers l’oeil exercé de deux grands “spécialistes” de la question. D’abord, Gerry Ritz, député conservateur de Battlefords-Lloydminster:

“(Duceppe) is under the impression that he could separate and still get equalization payments … or use the Canadian dollar … he thinks all the government offices and staff and the army would still be based there. It’s not a case of him having his cake and eating it too. He’s just that politically naive.
“As far as I’m concerned, their share of the national debt should follow them as a separate nation.”

Pauvre M. Ritz. Il a certainement été mal informé. Non, un Québec souverain ne recevrait pas de péréquation. Un Québec souverain ne ferait plus partie du Canada! Les citoyens du Québec ne seraient plus représentés au Parlement d’Ottawa et paieraient leurs taxes et impôts à Québec uniquement. Pour ce qui est du dollar canadien, M. Ritz devrait plutôt prier pour qu’un Québec souverain n’abandonne pas la devise canadienne au profit du dollar américain.
Quant à la dette, on peut le rassurer tout de suite: le Québec prendra sa juste part de la dette fédérale canadienne.  En contrepartie, le Québec deviendra propriétaire d’une partie des actifs du gouvernement fédéral (dont les bâtiments et autres propriétés fédérales en sol québécois). Les détails sont disponibles sur le site du Parti québécois et dans les études de la Commission Bélanger-Campeau, où ces questions ont été abondamment discutées depuis plus de 30 ans.

Quant à son collègue de Vegreville-Wainwright, Leon Benoit (pas d’accent), il se berce d’illusion sur la grande popularité (16%, selon les derniers sondages) des Conservateurs au Québec:

“With the new level of Conservative support in Quebec, clearly people are seeing a very viable federalist alternative. And I think we’re going to keep improving on that.”

Oh brother! Dream on!

L’empereur est nu

Par Claude Boucher
le 28 octobre 2006 à 17:10

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Classé dans Politique Québec

Je dois admettre que je suis plutôt amusé par le débat existentiel qui secoue le Canada depuis l’adoption, la semaine dernière, d’une motion de l’aile québécoise du Parti libéral du Canada au sujet d’une reconnaissance de principe de la Nation québécoise.

Ce débat qui passionne tant le Canada fait sourire au Québec. Après tout, nous n’avons certes pas besoin de la permission ou la bénédiction des élites de Toronto pour reconnaître ce que nous sommes. Le Québec est une nation, parce que les Québécois s’identifient à cette nation. C’est ce que nous sommes. Point final.

Depuis 30 ans, on peut regrouper les membres de la nation québécoise en trois groupes :

  1. le premier, regroupe ceux et celles qui croient que le Québec devrait larguer les amarres et devenir un État-nation en bonne et due forme, le plus rapidement possible. Ce groupe, qui réunit 40 à 50 % des Québécois, rassemble les péquistes, les solidaires et certains adéquistes.
  2. le groupe réunit ceux qui pensent que le Québec pourrait éventuellement devenir un État-nation en bonne et due forme, mais qui expriment certaines craintes, notamment en matière économique. Ils se disent « Québécois» et ils ajoutent parfois « Canadiens» (plus timidement). Ils représentent 30-45 % de la population, dont la plupart des partisans du PLQ et certains adéquistes.
  3. Enfin, il y a le groupe négationniste, nostalgique des Montagnes Rocheuses et de Pierre-Elliott Trudeau. Pour eux, le statu quo est parfaitement acceptable en attendant la lente dilution de la nation québécoise dans une identité multiculturelle, la grande mosaïque canadienne. Ceux-là, ils représentent entre 15 et 25 % de la population et on les retrouvait jusqu’à récemment dans la minorité anglophone, ainsi que ses alliés francophones, rois nègres locaux de l’indirect rule, le Parti libéral du Canada.

Le dernier quart de siècle a montré l’essoufflement, voire la faillite de la pensée négationniste au Québec. « Nuit des longs couteaux », rapatriement unilatéral de la Constitution, échecs du Lac Meech et de Charlottetown, promesses brisées, scandale des commandites; tous ces événements ont pas mal détruit le capital de sympathie des purs et durs du fédéralisme canadien, coast to coast.

Ces purs et durs du fédéralisme canadien à tout crin doivent faire un geste afin de regarnir les rangs, notamment auprès de la majorité francophone. C’est dans ce contexte qu’on doit interpréter la résolution — bien timide par ailleurs —, de l’aile québécoise du PLC.

Il s’agit pourtant d’un débat dérisoire pour la majorité des Québécois, et c’est pourquoi la motion, vue comme une grave menace à Toronto, est passée relativement inaperçue ici. Quelques commentaires ici et là de certains retraités de la politique québécoise - Claude Morin et Bernard Landry - quelques chroniques sur le ton amusé. Remarquez qu’après toutes ces années, on commence à connaîte la chanson.

Pourquoi? Tout simplement parce que cette reconnaissance est parfaitement vide de sens. L’élite politique et l’intelligentsia torontoise devraient plutôt consacrer un peu de temps à construire sa propre identité, distincte celle de son voisin du sud, plutôt que de venir parasiter notre propre identité québécoise.

La police montée, le chemin de fer transcontinental, k.d. lang et le multiculturalisme, version édulcorée du melting pot états-unien, on vous le laisse, chers voisins Canadiens. Sur le plan de l’identité, vos conseils sont ceux d’un cordonnier mal chaussé. Car la question n’est plus de savoir « What does Quebec want? », mais plutôt « What does Canada want? ». Et sur ce plan, l’empereur est bien nu…